Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 12:30

Retour le 5 Février à Fouquereuil que nous avions quitté le 28 Octobre.

Notre périple, 16.000km en 3 mois, nous a emmené au Kenya à Nairobi après avoir traversé Italie, Grèce, Turquie, Syrie, Jordanie, Egypte, Soudan et Ethiopie.

 

 

Nous avons la tête pleine d’images, de souvenirs, d’impressions, d’anecdotes.

 

            Tous les jours ont été une aventure.

Arriver en voiture jusqu’à Sultanhammet à Istambul, bivouaquer sous les cheminées de fées en Cappadoce, traverser Alep pour y découvrir la forteresse, traîner dans les souks à la recherche de savon

.Damas 1Qalaat-Jabar.jpg Se baigner dans l’Euphrate prés d’un vieux ksar,  arpenter le gigantesque caravansérail de Rusafa dans le désert syrien, voir un lever de soleil sur les ruines de Palmyre et imaginer le site du temps de la splendeur de Zénobie. Boire un café au pied des gigantesques roues à aube d’Hama, parcourir donjons, cours et chapelles du Krak des Chevaliers. Trouver le camping de Damas et le taxi qui nous emmène à la mosquée des Omeyyades, admirer les tombeaux de St Jean Baptiste et de Saladin.

CheminessPalmyre-1.jpg

SultanhametDamas 1

Flaner dans le souk et s’y étonner du nombre de boutiques de lingerie coquine tandis que les femmes intégralement voilées s’y pressent. Goûter dans un petit resto un kebab ou des mézzés.

            Trouver en fin d’après midi un bon endroit de bivouac. Pas facile dans les zones peuplées où à chaque arrêt une cohorte de curieux nous encercle. Essayer de recevoir gentiment le militaire ou le policier qui à 23h, en plein sommeil, veut vous déloger pour des raisons de sécurité. Des bivouacs frisquets au début, il gèle bien la nuit dans ces pays !

Chercher le petit garage pour réparer une roue crevée, trouver du pain, des légumes, de l’eau.

Extraordinaire gentillesse des syriens disponibles et désintéressés (ce ne sera pas le cas partout).

Petra 3 Petra 3 Petra 5

 

            Coucher de soleil et bivouac à -400m au bord de la Mer Morte. Magnifique route dans les montagnes de Jordanie vers la forteresse de Renaud de Chatillon à Kerak. Emerveillement à Petra, balade dans le Wadi Rum  et bivouac au pied des roches rouges hantées par Lawrence.

Une petite pause de deux jours en Egypte sur le golfe d’Aqaba. Austérité du monastère de Sainte Catherine, un bel effort pour gravir le Mont Sinaï et arriver aux portes du Purgatoire.

Wadi 2Krak 1

Krak 1

 

            Effort d’un autre genre que la traversée du Caire en voiture un œil sur le GPS tandis que l’autre ne suffit pas pour tout voir dans cette circulation démente. Déception d’une ville très sale, polluée à outrance, à l’architecture banale où même les pyramides sont noyées dans le fog et les odeurs d’égout. Richesse du musée Mariette, découvert de l’art pharaonique, admiration de Toutankamon.

Le rêve continue sur la route des oasis, une escapade dans le Désert Blanc pour mettre ses roues dans le sable sous l’œil craintif d’un fennec. Drôle de sensation que d’aller acheter du pain entouré de deux policiers en arme. Pour votre sécurité…

Cairo 3Desert blanc 3

Desert blanc 9Desert blanc 6

Les felouques nonchalantes sur le Nil, les temples, la vallée des rois, une promenade dans ce passé étonnant en compagnie d’Horus et Anubis mes préférés. En dehors du temps en essayant de faire revivre ce passé sur la route d’Assouan. Imaginer l’Egypte de Pharaon. Emotion à la découverte de Philae depuis une felouque.

Luxor 1Philae 1

 

            Impression d’être un migrant sur le bateau qui, sur le lac Nasser, nous emmène d’Assouan à Wadi Halfa au Soudan. Promiscuité avec le monde arabe dans lequel nous sommes immergés. Lever de soleil sur Abou Simbel. No comment !

 

            Rencontres. Les endroits, bivouacs, campings, cours d’hôtels où nous retrouvons les routards qui comme nous vont vers le sud ou en viennent. A pieds, en vélo, en tandem (Michel et Danielle, 11.000km depuis St Etienne), en 4x4, en moto, en camion ou en camping car. Des allemands, anglais, hollandais, sud africains, très peu de français. Un paraplégique seul dans un 4x4 adapté, un écossais qui met son kilt pour la douane, des retraités, des jeunes qui prennent une année sabbatique, des familles, des solitaires. Une tribu improbable qui migre chacune à son rythme. C’est là que nous partageons infos diverses, combines et bons plans.

            Rencontres. Les 3 écoliers qui à Alep nous parlent en français, le vendeur de jus de papaye qui à Goréme nous fait bivouaquer dans le Parc National, le vieux syrien en pétrolette qui nous montre un joli coin de bivouac, le gamin déluré qui vend des strings sur le trottoir à Damas, le chauffeur de taxi chrétien au Caire qui nous montre sa ville, les petits bergers étonnés qui ne restent pas longtemps craintifs, les gamines qui approchent avec un panier d’oranges sur la tête. Daniel qui dans le désert Danakil nous aidera à régler le problème de voiture, Ibrahim qui a Berhale nous tiendra compagnie et nous invitera à la cérémonie du café, Steven l’infirmier d’Omorate qui rêve de devenir médecin. Et puis en Ethiopie tous ces  enfants de la misère qui viennent voir le farandji, l’étranger. Le Pére Steven missionnaire au nord du lac Turkana au milieu de nulle part. Abdou le gamin qui veut parler anglais et voir ce qu’est un ordinateur. Et tous ces regards croisés au fil des pistes avec souvent une interrogation dans les yeux.

Portrait 7Portrait 8

 

            Le Soudan tout calme qui nous accueille par des « welcome » enthousiastes. Wadi Halfa port lacustre du bout du monde ne vivant que du bateau hebdomadaire.Il a fallu berner le gabelou soudanais pour entrer illégalement notre sacro-saint Pastis ; les soutiens gorges suspendus dans la cellule inhibent les velléités fouineuses du douanier arabe. Merowe , ses trois petites pyramides et son temple disparu, Meroé et ses petites pyramides à entrée a demi noyées dans le sable souvenirs des pharaons noirs. Khartoum la mythique et sa mauvaise réputation. Le confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu.

Meroe 2

 

            Entrée en Ethiopie. Brutale césure. Les dieux ne sont pas les mêmes. Les femmes sont nombreuses, sans voiles. Crucifix sur les poitrines, églises aux couleurs vives, psaumes et processions. De la bière dans les boutiques !

            Rues, routes et pistes encombrées d’hommes, femmes et enfants marchant, marchant, marchant. Accompagnés de leurs troupeaux de bovins, biquettes et ânes. Tous circulent en  maîtres de la route, le véhicule n’étant que toléré. Priorité au bourricot ! Du lever au coucher du soleil, sur toutes les routes et chemins c’est un continuel va et vient. On se demande où ils vont de leur pas rapide, souvent pieds nus, plus ou moins chargés. Pourquoi mènent ils ainsi leurs troupeaux dans ce qui semble être une quête perpétuelle. Car ils marchent la main tendue.

Ethio 5-copie-1Fête 1

Souvent le premier mot est « give me ». Pas facile d’être harcelé de « give me » au milieu de la misère. Pauvreté, dénuement, enfants en haillons, habitat rudimentaire. « Give me ».

On vend dans de misérables échoppes des bouteilles d’eau en plastique vides pour emporter l’eau de la journée. « Give me ».

Et tous se retrouvent pour un pèlerinage, une prière, la messe.

Noël à Lalibella. Foule autour des églises monolithiques. Voile blanc des femmes pour la messe, chasuble jaune des prêtres, ombrelles pour le soleil, bâtons de prière. Un petit feu pour chauffer la soupe, une couverture sur le sol pour dormir, les pèlerins affluent. Ferveur dans les églises décorées de fresques où les personnages ont le visage mangé par de grands yeux.

Lalibela 2. Fresque 1

            Paysages époustouflants de montagnes, de lacs, de cultures et de villages de cases. Falaises abruptes et collines douces, les îles du lac Tana et leurs monastères, les églises perchées sur des pitons, pistes vertigineuses et vallées encaissées.

Lalibela 4

Une caravane de 1000 chameaux chargés de plaques de sel remonte de la dépression du désert Danakil. Là où entre les lacs de sel les volcans actifs offrent le spectacle grandiose de geysers et fumerolles sur un sol de soufre aux couleurs étonnantes.

Les militaires en tenue de combat sont répartis dans les voitures. L’Erythrée n’est pas loin et le touriste a une bonne valeur d’échange… De pauvres bougres taillent les plaques de sel et chargent les chameaux sous un soleil de plomb.

            Panne d’embrayage au milieu de tout cela. Rapatriement aventureux de la voiture chargée sur un camion pas plus grand qu’elle. Attente à Berhale, Bagdad Café du désert envahi de mouches, de gosses « give me » et de chaleur. La nuit sur une mauvaise piste avec notre camion sur un camion.

C+O 2Danakil 5

Panne 2

Addis Abeba sur les collines à 2600m d’altitude. Beauté des ethiopiens du nord, concentration exceptionnelle de filles splendides, minces et élancées. La gare du chemin de fer djiboutoethiopien qui ne fonctionne plus. Le palais d’Haïlé Sélassié.  Voitures hors d’age et 4x4 rutilants des ONG.

            Les tribus de l’Omo. Des siècles de traditions pour la peinture des visages et des corps. Femmes à plateau, oreilles percées, scarifications. Mursis, hammers, surmas, dassanetchs. Mais le tourisme a dévoyé ces peuples qui maintenant montrent leur visage exclusivement contre de l’argent. « Give me ». Fond d’agressivité, main tendue, kalachnikov sur l’épaule. Zoo humain, prostituées et voyeurs. Ambiance de peep show. La fuite.

Plus d’authenticité dans les marchés colorés et vivants. Marchandage, achat, sourire. Plus sain comme rapport et contact.

Portrait 12Bac 2

Souvenir ému du petit garçon hammer très beau qui dansait prés dela voiture en écoutant Bob Marley. Il était superbe avec ses peintures. Pas de photo.

Portrait 13Trois jours à Omorate au bord de l’Omo. Remise en ordre de la pharmacie du dispensaire. Hébergé chez les policiers qui punissent par le fouet le voyou du village. Une femme surprise en se découvrant dans le miroir du rétroviseur. Un ragoût de biquette au bistro sous la surveillance d’un ouistiti.

 

            Un bac improbable pour traverser le fleuve. Piste de fechfech vers le Kenya. Bergers à kalachnikov. Parait il pour régler les conflits de voisinage… Chaleur de four sur les rives désertiques du lac Turkana. Une source, des palmiers, trois jours de repos. Baignade et farniente.

Des routes kenyanes dont le goudron n’est qu’un lointain souvenir. Dur pour les fesses et la mécanique. Le plus mauvais pain depuis le départ. Les rhinocéros, les zèbres et les girafes du parc de Nakuru. Bivouac au milieu d’un troupeau de buffles.

Nairobi. Belle ville très étendue sur des collines dans la verdure.

Mécanique, lessive, visas, billets d’avion.

Aller retour pour continuer vers le Cap en Novembre.Kalach 4

Parc 4Parc 8-copie-1

 

 

Il y a eu les tracasseries de passages de frontières. Schengen ne nous a pas habitué à toutes ces paperasseries byzantines qui s’accumulent et se répètent. Trouver la police, la douane, relapolice, le caissier pour une taxe, le bureau d’assurance, la caisse du bureau d’assurance, le médecin qui prend la température, le bureau du traducteur, repasser à la police, faire vérifier le tampon de la douane, vérifier le numéro du moteur, du chassis qu’on avait oublié et retourner à la douane, faire du change pour payer une énième taxe… Trois heures pour les plus rapides. Deux jours de formalités pour quitter l’Egypte !

Douane 3Douane-4.jpg

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? L’entrée en Egypte nécessite le passage dans 9 bureaux différents ! Ubu chez Kafka.

Inutile de manifester impatience ou agacement. Il vaut mieux dépenser son énergie à la pêche aux infos pour savoir où se trouve le bon bureau, quels documents sont nécessaires, etc…

            Idem pour les visas. Trouver l’ambassade, y retourner car elle était fermée, arriver à l’heure de la prière où tout le monde est absent. Récupérer auprès d’autres routards des modèles de fausses invitations, de permis de circuler ou autre. Se lancer dans la fabrication de faux papiers avec l’ordinateur, courir en ville à la recherche d’une imprimante…

Et trembler un peu en espérant que le douanier ou l’ambassade ne découvriront pas la supercherie.

 

            Approvisionnements divers assez faciles. Partout on trouve  pain, fruits et légumes et eau. On change sept fois Courses 2de monnaie. On parle rarement la langue, on parle avec les yeux et les mains.  Pas facile pour marchander ou simplement pour payer le prix juste. Gentillesse des gens qui essayent de nous comprendre ou qui nous indiquent la boulangerie recherchée. Sourires étonnés des marchandes, gamins curieux, cohue autour de ces étrangers bizarres.

 

            Tous les jours ont été une aventure.

Choisir la route, s’approvisionner, changer de monnaie, faire les formalités, trouver un endroit de bivouac, découvrir, apprécier, fuir devant une foule envahissante, admirer…

Faire un grand voyage pour les yeux, le cœur et l’âme.

Et reprendre la route l’an prochain à la poursuite du rêve.

Par Tangolive
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 17 février 2009 2 17 /02 /Fév /2009 15:40

 

 


 

Un Dakar 2009 très atypique.

Autre continent, nouveaux paysages, populations enthousiastes, pistes bien différentes.

Même l’organisation n’était pas tout à fait la même qu’auparavant.

 

            Arrivée à Buenos Aires le 2 Janvier à midi après 20 heures de vol et escales.


Découverte des coéquipiers. Le mien, Carlos, est un chirurgien chilien de 34 ans. Il parle honnêtement le français après plusieurs missions pour MSF. Mais c’est son premier rallye et il n’a jamais vu ni road book ni  GPS














     Brêlage des voitures, essais radio et départ immédiat pour la première mise en place. Pas de répit ! 400km de goudron, 40 de piste.

La coéquipière argentine de T1 nous promène un peu dans BA avant de trouver la sortie de cette ville gigantesque.

 

Grâce à mon système de navigation embarquée pas de souci pour trouver la coupe, une piste qui nous mènera directement à notre point. Outre les cartes de différents types sous Ozi, j’avais trouvé une excellente cartographie mapsource pour le GPS.

L’utilisation des deux s’avérera bien pratique. Comme d'habitude le Toughbook CF-M34 fonctionnera en permanence sans un bug.


Première étape sur des pistes roulantes entre les estancias. Tous les virages sont à 90°.

Les pistes, comme partout en Argentine, sont bordées de clôtures. On se demande parfois pourquoi car dans la pampa nous n’avons vu ni troupeaux ni cultures.


Un équipage anglais se montre trop optimiste… 






Tout au long de ce rallye et surtout en Argentine nous avons été impressionnés par le nombre de spectateurs. Pire que le Tour de France. Les gens venaient la veille de l’étape et campaient au bord de la piste. Les barbecues sont toujours prêts pour la parillada.



La qualité de la viande argentine n’est pas un
mythe. Elle est vraiment excellente. Grillée au feu de bois, tendre et savoureuse.

            Les odeurs de grillade venaient souvent énerver nos appétits agacés par des rations médiocres.

            Mais tous les soirs nous avons été invités par des spectateurs sympathiques à partager la parillada.


Le réchaud et la cantine achetés en route ne serviront à rien. Tout au long on nous offrira repas et petits déjeuners. L’aide de Carlos pour tous ces contacts sera indispensable.


 

            Arrivée de la première étape sans difficultés à Santa Rosa. Repas au bivouac et nous repartons pour une mise en place. Nous nous installons entre les tentes et voitures de spectateurs déjà en place pour le lendemain. A cause des clôtures il n’est pas facile de nuit de trouver un endroit de bivouac accueillant.

 

            Nous sommes donc postés au bord d’une piste de terre damée très roulante. Seul devant nous un petit trou de la taille d’une soucoupe. La première moto y souléve un tout petit prout de poussière. Après 100 motos le trou a la taille d’une assiette.

Arrivent les voitures. Le trou s’agrandit et prend la forme d’une petite ornière pulvérulente.

Et puis ce sont les camions. Après une cinquantaine il y a une ornière de 5m de long sur 40cm de profondeur remplie de fech fech.

 

            Ce sera le gros problème de ce rallye. Le PC nous fait toujours partir très tard après les motos et la plupart des voitures et camions.

Les pistes sont alors défoncées, labourées, creusées de profondes ornières remplies de fech fech ou de sable. La progression y est très pénible et lente.

Les tangos balancent d’une ornière à l’autre dans les traces de camions.

Impossible de quitter la piste à cause des clôtures ou de la végétation de petits épineux.



Impossible de repartir si on s’arrête. Parfois il faut éviter un concurrent tanké.

Dans certaines portions il y en a un tous les 300m.

Le slalom devient aléatoire. On fonce dans la poussière essuie glace à fond, fenêtres à demi fermées malgré la chaleur.

Plusieurs motards ont été percutés par des voitures dans la poussière sans gravité heureusement.

Le phénomène de ces pistes défoncées prendra une telle ampleur que dans les jours suivants les camions partiront une heure après la dernière voiture.


















Mais pour l’instant il faut tenter de monter des dunettes labourées entre les clôtures. Pas de trajectoire idéale, tout est défoncé. Par chance à un moment opportun un spectateur baisse les barbelés pour nous permettre de passer au large.



Dans une de ces longues ornières de fech de plusieurs kilomètres T7 a été contraint un moment de s’arrêter.

En 10mn il a été percuté par trois concurrents : portière enfoncée, aile arrachée, plus de retroviseur.

Il a du, sur place et dans la poussière, détordre l’aile avant qui bloquait la roue. Il était grognon le camarade Eric…




J’attends T7 pour éventuellement lui donner un coup de main. Il se débrouillera seul mais nous partons ensemble sur la liaison.

Vérification du filtre à air. En 80km le collecteur est plein et le filtre entièrement colmaté ; au moins ½ litre de poussière en tombe au démontage.

      Nous devons nous positionner sur l’étape 5. 1100km de goudron. La Pampa est un peu monotone ; plate, couverte d’arbustes épineux et toujours les barbelés. Route rectiligne jusqu’au Rio Negro. Nuit à l’hôtel. Douche bienvenue car nous sommes incrustés de poussière.




Le lendemain toujours la route jusqu’à Algorrobo del Aquita. 200 habitants. Le gendarme à qui nous demandons où camper répond : « a la casa ». Repas du soir, tentes sur la pelouse, petit dej et un bain dans le rio voisin.

Pour la première fois de ma vie un gendarme me saute au cou : embrassades au moment des adieux.




Nous ne sommes pas loin de la Cordillière et le soir il y a des orages précédés de ciels magnifiques. 




















Journée tranquille pour se mettre en poste : 200km de goudron + 120km de piste. Le système de navigation fait merveille. Le zoom du Garmin est bien utile quand les pistes se multiplient.

 

            Comme les autres jours nous sommes reçus à souper !

Six joyeux lurons venus voir le rallye. Un «pollo » au grill comme jamais. Vins de Mendoza. Un blanc qui ressemble à s’y méprendre à un chablis. Un rouge malbec parfait.


 

            Revenons quand même au rallye. Nous sommes dans un large rio dont les berges sont pleines de spectateurs. Premières motos. Petite Fourche en me faisant un salut amical passe au dessus du guidon ! Sans mal heureusement.

Depuis l’histoire du motard perdu la direction est à cran. Message radio de Delta : accident 30km devant vous, je passe vous prendre en hélico, préparez votre matériel. Désanglage express coquille + valise réa, on embarque à la volée dans l’hélico de direction de course.


Fausse alerte : une voiture en feu mais les occupants sont indemnes. Après 20mn de vol l’hélico nous repose prés du Tango. Du haut la piste semble bien facile…

 

            Souci sur ce rallye : le PC nous faisait rouler bien tard. Il est 17h quand nous partons sous un ciel menaçant. L’orage et la nuit tombent au CP suivant. Les hélicos sont cloués au sol et il y a encore du monde en route. L’étape est arrêtée à CP2 Mais nous devons continuer.

            Avec l’orage il y a de l’eau dans un rio en principe à sec. Ca tourne Camel Trophy !

Au menu ensuite un gros tas de dunes avant San Rafaël où pataugent encore pas mal de concurrents. J’ai le secret espoir d’y échapper car j’ai repéré une piste qui le contournait.

 

            «  Echo balise dans les dunes après le deuxième cordon. Tango 2 voilà les coordonnées »  Brin !

23h au pied des dunes 6 voitures tankées. Un motard me dit avoir par erreur déclanché sa balise. Mais ce n’est pas le bon qui n’est pas très loin. Dans les dunes.

Dégonflage à 800g. Je repère un passage et après deux tentatives infructueuses en courtes je finis par passer en longues. Tout est labouré et de nuit je n’aime pas quitter les traces.

             Au loin une lumière clignote. Un motard est allongé en haut d’une dune et une voiture de concurrent est arrêtée pour lui porter assistance.



Un examen rapide = trauma thoracique + contusion de hanche + hypothermie.

Nous le mettons dans le coquille que nous redesce ndons en bas de la dune. J’ouvre ma tente et nous le rentrons pour le déshabiller, faire le bilan et le réchauffer. Suspicion de pneumothorax mais il sature à 92%. Perfusion, couvertures.

A trois dans une tente Decathlon, pas facile.

Discussion avec le PC médical et je décide de rester sur place durant la nuit : trop risqué de repartir dans les dunes avec un blessé coquillé dans le Tango. J’imagine mal faire une cabriole dans ces conditions.



Réchauffé et sédaté le blessé s’endort. Carlos le veille et lui passe les bouteilles coupées pour pisser… Et le matin à 8h arrive l’hélico pour le prendre en charge.

Et puis remballage et sortie des dunes. Pas difficile quand il fait jour !

 

 

            Arrivée au bivouac à 9h du matin. Route jusqu’à Mendoza pour mise en place dans l’étape suivante.

Mais celle-ci est raccourcie ; les dunes ont fait du dégât. Beaucoup de motards sont rentrés très tard. Encore des voitures sur le toit et ce matin à nouveau les dunes où les camions ont bien du mal. La direction de course est obligée de repêcher de nombreux concurrents sinon le rallye serait décimé.



Après Mendoza on rentre dans la cordillière. Cette partie se fait en liaison sur une piste digne des pires de l’Atlas.

            Une première montée de 2000m de dénivellé très raide. La vue est magnifique mais il vaut mieux regarder la piste… Je ne sais pas comment on pourrait récupérer celui qui passerait dans le trou ?



           

A 3200m le Tango qui est d’un naturel lymphatique devient franchement    paresseux. On passe en courtes.


            Toujours autant de spectateurs montés ici on ne sait trop comment : motos, 4x4 déglingués, à cheval…

            La descente est parfois périlleuse à cause des ornières de ravinement. Mais tout se passe bien.

Carlos a opté pour un silence discret devant le trou.








Passage sans encombres de la frontière chilienne .

L’Aconcagua est tout proche mais caché dans les nuages. Longue descente vers Valparaiso.

Très beau. Sauf Portillo du Chili la mythique station de ski qui n’est qu’un hôtel au milieu des remontées mécaniques dans un univers totalement gris et minéral.




Arrivée de nuit à Valparaiso. Tourisme le lendemain. Valparaiso c’est comme Tombouctou. Un mythe. Livres, chansons, histoires du passé. Odeur de lointains, de bout du monde, d’aventures, d’escales merveilleuses. Je rêvais d’aller à Valparaiso.

La ville couvre les collines surplombant la mer. Maisons de toutes couleurs, rues escarpées, ambiance latino. La maison de Pablo Neruda, les funiculaires.









 



Pas très flippantes les deux étapes après Valparaiso. Arrivée de spéciale avant La Serena. Un motard arrive déshydraté; 1 litre de Ringer en perf et c’est reparti.

Le bivouac de Copiapo est au pied d’une grande dune. Magnifique.

 

Nous devons être au km 80 de la spéciale qui est raccourcie. Goudron direct pour ce poste .

Départ à 5h du mat dans le brouillard d’une nuit fraîche. Le départ sera retardé de 3h car les hélicos ne peuvent décoller.

Là encore, nous attendons jusqu’à 16h30 pour démarrer après avoir cuit toute la journée au soleil. La piste sinue dans un décor magnifique du désert d’Atacama. Remontées de rios, pistes roulantes puis à nouveau les ornières de fech fech sur un plateau lardé de saignées importantes .

            Une montagne à gravir. 4 camions hésitent en bas. La carte m’indique qu’un petit détour de 3km… Je reverrais les camions une heure plus tard.

Arrivée de nuit au CP en haut de la boucle. A ce moment l’étape est arrêtée juste avant les dunes. Il n’y a plus grand monde en piste mais le tango balai est en panne.

Nous rentrons au bivouac à 4h du matin.

Malheureusement je n'irais pas dans les grandes dunes d'Atacama.
Pas faciles car le sable y est mou.

Encore une fois l'étape est neutralisée avant ces dunes pour la seconde partie du peloton.









Les pistes d’Atacama, région minière, sont recouvertes d’un matériau noirâtre qui la nuit devient glissant avec l’humidité.

 

Un équipier néophyte qui ne connaissait pas les défauts d’un Tango a été un peu trop optimiste…











Copiapo – Fimbala en liaison, étape annulée. Traversée de la cordillière par la Passe de San Francisco, 4760m. Des paysages somptueux. Sans doute la plus belle route du rallye. Minéral total coté chilien mais un peu de végétation rase coté argentin. Montée et descente se font en douceur ; pas de précipice.

            Nous restons 4 heures à 4500m avec un caisson au cas où. Mais tout se passe bien. Un discret mal de crâne qui ne résistera pas au pastis à Fimbala.



 

 












 
















Etape difficile le lendemain. Un final de dunes corsées. Mais on prend soin du doyen et nous allons à l’arrivée. Les 3 Tangos qui sont allés dans les dunes ont eu du mal. 2500m d’altitude = 25cv de moins. Il n'y en a déjà pas beaucoup...Dans le sable mou c’est limite.

 

            Magnifique arrivée à Cordoba. Région de tourisme, lacs, végétation luxuriante, belles maisons. Comme toujours accueil délirant de la population : 8km au pas dans une foule dense avec les inévitables photographes qui font le toreador devant le capot.

 

            En route pour la dernière étape. 350km sur une route étroite encombrée de camions avec remorque qui ont le détestable défaut de coller l’un à l’autre. De nuit les dépassements deviennent hasardeux.

 

            Encore une fois, arrivés au poste nous sommes invités pour une parillada. La viande directement sur la table, du pain, du vin, pas d’assiettes. Quelle ambiance. Et à partir de 5h du matin les nouveaux spectateurs arrivent. Courte nuit.

            La spéciale, comme la première, sinue entre les estancias. Ni difficultés ni trop de poussière. Ensuite autoroute jusqu’à Buenos Aires et débrêlage de la voiture avant une escapade en ville.



En conclusion.

Depuis que le tracé de ce Dakar avait été annoncé, j’en rêvais.

Je ne connaissais pas l’Argentine ni le Chili. Les noms me faisaient rêver. J’avais la tête pleine d’images et de récits. Je voulais voir.

Alors comme toujours une petite pointe de déception car les rêves sont souvent plus beaux que la réalité.

 Mais quand même je retiendrais le spectacle de la traversée de la Cordillière.

Sa dimension, l’espace ces montagnes qui sans être agressives en imposent par leur taille. Les lagunas verde, les lacs de sel, quelques vigognes sauvages et des vallées où sable et roches se mélangent avec des couleurs superbes.

            Les quelques images que j’ai retenu du sud du désert d’Atacama sont également très belles. Un relief plus marqué que les déserts que je connais, des teintes plus nuancées, moins de brutalité que les déserts africains.

            Enfin l’accueil des argentins plus encore que celui des chiliens a été fabuleux. Une vraie ferveur populaire pour ce rallye qui a déplacé des centaines de milliers de spectateurs.

Nous avons été accueillis avec énormément de gentillesse, de spontanéité et de bonne humeur.

 

            Coté course, j’ai un peu regretté les grands espaces africains, les pistes inexistantes, et le sable. Ce rallye ressemblait plus à un Paris-Pékin. Longues liaisons de goudron, pistes plus étroites. La cohabitation camions / autos-motos est un vrai souci sur ce terrain. Les ornières et le fech fech font partie des composants habituels des rallyes. Mais là on a frisé l’overdose.

            Mais pour mon dernier Dakar, c’était une bien belle ballade.
                                                                                                                                        
                                         



Merci à Stéphanie et Bruno pour leurs photos

Par Tangolive
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires

Texte Libre

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus